Fabienne Kraemer, médecin de formation et psychanalyste, est spécialisée dans les enjeux de l’amour et du couple. Elle a collaboré avec de nombreux médias (France 3, Europe 1, et plus récemment M6 ) et publié en 2015 Solo no solo, quel avenir pour l’amour ?, et en 2013 Je prends soin de mon couple (Editions PUF).

fabienne KraemerSon dernier livre « 21 clés pour l’amour slow » , ça parle de quoi ?… De la transformation des rencontres amoureuses, mais nous le verrons par la suite, pas que…

Autrefois on rencontrait sa moitié à la fac, au travail, par le biais d’amis communs ou au détour d’une rue, et on osait s’aventurer à la découverte de l’autre. La nouvelle génération, grâce à l’avènement du numérique, surfe sur le net et jongle avec les différentes applications pour trouver l’âme sœur ou le coup du prochain soir. L’abondance de profils, la peur de perdre son temps, le degré d’exigence que l’on fixe sur l’autre ou sur une relation idéalisée, nous pousse à « zapper » une rencontre au premier cil de travers, et à passer à la personne suivante.

Pourquoi nous sommes-nous intéressés à ce livre ? Parce qu’il touche de près à la thématique de notre blog : le couple, l’amour, les nouveaux amants…

21 cles pour l'amour slowJ’ai eu l’impression de lire notre propre histoire en lisant ce livre. Parce que Jon et moi avons essuyé des échecs amoureux avant de nous rencontrer, que l’on a fini nous aussi sur des sites de rencontre, que l’on a nous aussi enchainé les RDV et « zappé » les candidats, avant de nous rencontrer grâce à Tinder (ben oui !).

Fabienne Kraemer a très gentiment accepté de répondre à nos questions. Nous allons essayer de sortir un peu du contexte « sites de rencontre » pour arriver sur les thématiques plus générales et marquantes abordées dans ce livre : la notion de temps et de ralentissement, prépondérante dans l’ouvrage ; la notion d’acceptation de soi et de l’autre ; et enfin la notion de routine

TOUT EST QUESTION DE TEMPS: ÊTRE DANS LE BON TIMING DE RENCONTRE; LAISSER LE TEMPS À LA RELATION DE NAÎTRE DANS SA TÊTE ET DANS SON CORPS ET ENFIN VIVRE A LA BONNE ALLURE, SAVOIR RALENTIR ET CULTIVER L’ART DU SLOW…

 Et si trouver l’amour n’était que question de rythme ? Et si le moment était plus important que la personne elle-même ? L’autre ne serait alors que le reflet et l’harmonie de nos instants. 

Vous pensez que tout est question de timing donc ? Qu’une relation ne peut fonctionner au départ que si les deux personnes sont disposées au même moment à laisser entrer l’autre dans leur vie ?

Exactement il faut être prêt à l’amour pour le rencontrer. Et ce n’est pas une simple question de volonté, parfois on pense être prêt et l’on se trompe. Il s’agit d’être apte à sortir de l’illusion du sentiment amoureux qui devrait durer toujours – ce qui est impossible – pour accepter d’entrer en amour et de faire les concessions indispensables à un projet à deux durable. Choisir l’autre, s’y tenir et assumer son choix. Bien entendu la personnalité de l’autre compte, mais même la personne idéale ne peut pas inspirer l’amour à quelqu’un qui n’y est pas prêt.

A l’heure du numérique, les applications et sites de rencontres nous proposent des candidats potentiels à profusion. Par peur de perdre son temps et à cause de nos degrés d’exigence parfois surréalistes entretenus par les médias qui nous poussent à idéaliser notre futur compagnon de route et nos relations amoureuses, on a tendance à « zapper » plus vite que son ombre : un café, un cil de travers…next !… Hors, je vous cite:

 On dit qu’il faut 21 jours pour ancrer quelque chose de nouveau en soi – dans son esprit, dans son cerveau. Il faudrait donc plusieurs semaines pour réussir à introduire dans nos vies quelqu’un, et pour commencer à s’attacher à cette personne. Les neurosciences ont montré que tous les changements de notre esprit se traduisent en signaux dans les neurones du cerveau, qui sont nos cellules cérébrales.

En gros on recherche tous un coup de cœur ou un coup de foudre (cela peut arriver), mais dans la grande majorité des cas il faut laisser le temps à nos cerveaux, à nos corps et nos consciences, de laisser entrer l’autre et tout son lot de nouveautés dans notre quotidien et dans notre routine, avant de se projeter consciemment ou inconsciemment dans une vraie relation?

Le coup de foudre c’est la grande illusion! C’est une sensation qui nous parle d’une évidence, l’autre soudainement apparaît comme évident. Il nous parle de quelque chose de familier, ça nous évoque quelque chose de connu ou de reconnu mais cela ne nous garantit pas pour autant, que ce quelque chose de familier nous fera du bien. Les relations toxiques démarrent en général par des coups de foudre! Le coup de foudre ne garantit rien et n’est absolument pas indispensable pour réussir. Ils nous rappellent une référence à notre passé, un élément que l’on reconnait d’un être que l’on a aimé, mais pas obligatoirement un élément positif. On se trompe quand on focalise sur le coup de foudre comme étant LE truc à attendre! Mieux vaut le sentiment de bien être durable. Une belle relation ne doit pas tirailler, elle doit être fluide et douce.

Le temps… donner de son temps, ralentir quand le monde autour de nous s’accélère… La notion de temps est un des sujets principaux de votre ouvrage. Vous dites:

L’hyperactivité est survalorisée : plus on en fait, plus on avance vers la réussite, c’est-à-dire les promotions. Dans cette société qui tourne à l’envers, les hyperactifs sont les plus enviés. Pour peu que vous prôniez la contemplation et la lenteur, vous passez pour rétrograde, alors que la modération est le sujet le plus moderne et visionnaire qui soit, le seul à ne pas envoyer les gens dans le mur. »« Imaginez que vous vous consacriez à quelqu’un et que vous lui offriez ce que vous avez de plus précieux : votre temps .

Vous pensez donc que pour aimer il faut du temps : d’abord se laisser le temps de s’attacher à l’autre, et une fois dans la relation il faut de nouveau permettre à cet amour de « prendre son temps » afin de pouvoir durer ?

Exactement, il faut du temps pour créer de l’attachement et du sentiment. Un temps physiologique pour que les corps fabriquent des substances qui supportent le sentiment et ancrent l’amour. On ne peut absolument pas savoir immédiatement si l’on a trouvé la bonne personne. Je dirais même que si vous en êtes immédiatement persuadés, ce n’est pas bon signe… L’amour a besoin de temps pour naître.

 

S’ACCEPTER SOI AVANT DE POUVOIR ACCEPTER L’AUTRE

Dans votre livre vous évoquez de façon très intéressante le fait de devoir s’apprécier soi-même avant de pouvoir apprécier l’autre.

Le vrai chemin de l’amour est le chemin de soi .

Fabienne, vous pensez donc que si on ne s’aime pas, si on est complexé ou mal dans sa peau on ne pourra pas aimer ou être aimé correctement ?

En effet, cela peut entraver la relation, s’inviter de manière toxique et envenimer les choses. On ne peut pas attendre de l’amour de l’autre qu’il corrige notre manque d’amour de nous-même. L’autre n’est pas une solution, ni un pansement. L’autre est une aventure, une découverte, une conquête, un étranger que l’on a à découvrir. Pour apprécier l’altérité de l’autre, il est préférable de s’accepter d’abord, d’être en paix avec soi. Bien entendu, on peut aimer même si on n’a pas encore réussi à tout aimer en soi, mais il faudra continuer à cheminer personnellement afin de ne pas attendre de l’autre qu’il comble et soigne nos plaies. L’autre ne peut pas nous faire changer le regard que l’on porte sur soi-même.

 

SAVOIR APPRECIER LA ROUTINE

La clé numéro 6 m’a fait revoir ma copie sur ce terme que je voyais de façon péjorative : la routine ! Vous dites:

Une vie sans routine, c’est un peu comme le mouvement perpétuel : idéal en soi mais impossible en réalité. La routine est le corollaire indispensable à la notion de temps qui s’écoule. Puisque nous avons la chance de vivre de plus en plus longtemps, nous nous ennuierons à répéter les mêmes gestes bien plus longtemps que nos aïeux. (…) La routine, ce peut être aussi le farniente, ce temps où l’on ne fait rien, mais avec plaisir. La routine peut aussi avoir la douceur de l’oisiveté. Au final, seul(e) ou à deux, la routine s’installe toujours. Que l’on vive une vie hors normes ou plan-plan, exister revient en partie à apprivoiser nos routines. (…) Une routine incarnée n’est plus ennuyeuse. 

La routine serait donc au final inévitable et au lieu de la fuir en se cherchant sans arrêt de nouvelles aventures à vivre et de nouvelles personnes à conquérir, il faudrait apprendre à l’apprivoiser, l’aimer, la perfectionner pour la transformer en instants qu’on aimera répéter encore et encore ?

Exactement, je crains que la routine ait été le bouc émissaire de nos difficultés à gérer les frustrations inhérentes à la vie même. Comme on refuse de ressentir la frustration, on remplit l’espace temps d’instants que l’on veut toujours plus enthousiasmants, plus forts, plus étonnants. C’est une course perdue d’avance, un puits sans fond! La routine existe et existera que l’on vive seul ou en couple, la vie est toujours frustrante par essence. Même le couple le plus glamour finit toujours par passer ses soirées à regarder ensemble un truc à la télé. La vraie vie c’est ça. Alors mieux vaut anticiper et se créer une routine agréable et confortable ensemble, une sorte d’art de vivre! Les réseaux sociaux imagent de plus en plus cette collection de petits moments simples et beaux qui font le sel de la vie et qui nous offrent des repères rassurants et doux pour nous accompagner. N’attendez pas de l’amour de vivre sur des montagnes russes, préférez la douceur d’une vie simple mais harmonieuse, vous y serez bien plus heureux.

 

Je vais finir cet article par un des passages du livre que j’ai trouvé particulièrement beau. Il s’agit d’un extrait du chapitre 10 : Ancrage.

Je n’exige pas de toi d’être à la hauteur de toutes mes attentes, de te montrer exceptionnel, et de payer plus ou moins le prix de mon ancrage et de mes renoncements. Non, je t’utilise pour répondre à mon désir de m’arrêter là, ici maintenant. Ce n’est pas tant toi que je choisis, que le renoncement à d’autres que j’assume.

Se poser, quitter la pleine mer, jeter l’ancre et trouver le calme de la contemplation infinie d’un même paysage. Prendre conscience que tout est ici, qu’il n’y a rien de plus là-bas, qu’il me suffit d’apprendre à regarder mieux et encore mieux. Prendre le temps d’explorer tous les plis de notre relation pour qu’elle se déploie et qu’elle m’offre l’immensité d’un terrain de jeu à découvrir…

 

Un grand MERCI à Fabienne Kraemer pour avoir accepté de répondre à mes questions. Je recommande la lecture de ce livre à tout le monde, que vous soyez heureux en couple ou désabusé et célibataire. Il vous permettra de vous poser les bonnes questions, de vous remettre en cause, et vous poussera à vouloir évoluer vers un mode de vie plus sain, plus slow. Prendre le temps de vivre en reconnaissant les véritables priorités. Prendre le temps d’aimer. D’aimer bien et durablement.

Où vous procurer le livre?

Sur le site de l’éditeur:  https://www.puf.com/content/21_cl%C3%A9s_pour_l%E2%80%99amour_slow

A la fnac :https://livre.fnac.com/a9888542/Fabienne-Kraemer-21-cles-pour-l-amour-slow

Sur Amazon: https://www.amazon.fr/21-cl%C3%A9s-pour-lamour-slow/dp/2130732739

Enfin pour les bordelais, vous pourrez trouver le livre chez Mollat: https://www.mollat.com/Recherche?requete=21%20cl%C3%A9s%20pour%20l%27amour%20slow%20%2F%20Fabienne%20Kraemer

Retrouvez Fabienne KRAEMER sur son site web où vous pourrez en particulier la consulter dans le cadre d’une thérapie à distance, puisqu’elle consulte par Skype : http://fabienne-kraemer.com/

En espérant vous avoir donné envie de lire ce livre. A très bientôt pour un prochain article!

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